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Festival Itinérant de Poésie Internationnale en Afrique

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Festival Itinérant de Poèsie Internationale en Afrique

Le Festival FIPIA | |Programme 2007 | Lauréats 2007 | Coupures de presse 2007 & 2006

Ce que dit la presse ...

Dixième édition du Fipia à Saint-Louis, cap sur la poésie

Wal Fadjri (Dakar)
11 Mai 2007

La dixième édition du Festival itinérant de poésie internationale en Afrique (Fipia) se déroulera du lundi 14 au jeudi 17 mai à Saint-Louis. Et pour la deuxième fois consécutivement, la capitale du Nord va servir de cadre d'expression et de d'échanges au Fipia, après la Côte d'Ivoire, le Bénin, les îles Comores, Madagascar, l'Ile Maurice et le Mali en 2004.
- Président du comité d'organisation du Festival itinérant de poésie internationale en Afrique (Fipia), Alpha Sy souligne que 'ce retour trouve son explication dans le succès obtenu l'année dernière dans l'organisation du Fipia'. Selon lui, la parole poétique, douce même quand elle est violente, s'était assimilée dans le quotidien des Saint-Louisiens. Il s'agira d'y intégrer davantage le goût de la lecture, une dose de générosité et un sens de la créativité. Sur le même rythme, une ballade en calèche ainsi qu'un dîner-débat sur le thème : 'Inspiration, publication et diffusion,' vont figurer en bonne place des réjouissances qui seront proposées au public et aux participants à cette rencontre culturelle au sommet.
Comme l'année dernière, cette rencontre culturelle née de l'inspiration et des moments d'intenses réflexions du poète et éditeur camerounais, Paul Dakeyo, devrait être rehaussée par la présence d'éminents hommes de lettres et de sommités venus d'horizons divers. Cette année encore, le Festival itinérant de poésie internationale en Afrique va 'prendre ses marques à Saint-Louis Ce qui contribuer ainsi à ajouter plus de piquant et d'allant au retour, au devant de la scène culturelle, de la vieille ville. Et c'est parce qu'aujourd'hui, en plus du Festival international de jazz, qui se prépare activement, les activités menées à l'Institut culturel linguistique (ex-Centre culturel français) et l'organisation d'événements majeurs comme le Rapandar ou le Festival Ndar Percu- sont autant de leviers sur lesquels s'appuient les responsables de la chose culturelle pour redonner à Ndar, centre d'élégance, d'excellence et du bon goût, son lustre d'antan.
Organisé avec très peu de moyens - les sponsors sollicités, regrette-t-on, ne sont pas toujours de la partie - le Fipia est quand bien même décidé à relever le défi et de faire de Saint-Louis la capitale de la poésie durant ces quelques jours au cours desquels, tous les Saint-Louisiens sont conviés à s'associer à cette fête de l'esprit et du coeur. Ce festival sera marqué par un récital de poèmes et des échanges entre élèves et poètes des lycées et autres institutions scolaires de la ville, classée patrimoine mondial de l'humanité.
A l'occasion de ce come-back du Fipia dans la ville culturelle par excellence, les poètes, écrivains et autres hommes de Lettres vont s'atteler à animer des séances d'animation théâtrale et d'écriture, destinées aux étudiants et autres apprenants de la ville des Signares. De même, parmi les temps forts de ce rendez-vous majeur, on note la table ronde consacrée à la vie et à l'oeuvre d' Aimé Césaire et de Léon Gontran Damas, qui sera animée par Lyliane Kesteloot, Marie José Hoyet et Alpha Amadou Sy. Louis Camara, Grand Prix du chef de l'Etat pour les Lettres, invite, pour sa part, 'dans un sourire poétique', chaque citoyen de Saint-Louis à écrire, au moins un poème par jour, pendant le festival.

Gabriel Barbier

Fipia 2007 à saint-louis, les lettres dans toute leur noblesse

Wal Fadjri (Dakar)
23 Mai 2007

Le Festival itinérant de poésie internationale en Afrique (Fipia) s'est terminé en apothéose samedi dernier à l'Institut culturel et linguistique, Jean Mermoz de Saint-Louis. Les poètes, invités à ce deuxième Fipia, ont rivalisé d'inspiration face à un public, séduit par les envolées lyriques de ces magiciens du verbe.
Ce deuxième Fipia de Saint-Louis et dixième du genre, placé sous le signe de l'interculturalité, avait pour parrains deux des plus prestigieux poètes de la 'Négritude'. Il s'agit de Léon-Gontran Damas et Aimé Césaire. Dans cet univers littéraire, le poète du 'pays du matin calme', Tendo Taijine, a impressionné le public avec ses poèmes en langue japonaise, servis sur fond de rituel et d'une voix gutturale.
Une traduction a ensuite été lue par Louis Camara, le conteur d'Ifa, Grand Prix du chef de l'Etat pour les Lettres. Avec une parfaite maîtrise de l'art de la rhétorique, 'Loulou' a dévoilé son talent de poète à l'instar de Marouba Fall, plus connu comme dramaturge et romancier. Le poète de l'île Maurice, Vinod Rhugunurundun, a ébloui l'assistance en célébrant les beautés de Saint-Louis 'terre-téranga'. Mohamed Toihiri des Comores n'a pas été en reste avec un poème d'un lyrisme élégant.
Quant au Camerounais Paul Dakeyo (initiateur avec son épouse Bénédicte Brusset de ce Festival de poésie itinérant), il a su plonger l'assistance dans un silence religieux, avec son poème Soleil fusillé, écrit en souvenir des douloureux événements du ghetto de Soweto en 1976. Côté sénégalais, le lyrisme était aussi présent de fort belle manière avec Mamadou Mbaye, le 'poète de l'amour' (comme il se désigne lui-même) dont les poèmes dits simultanément en français et en Wolof ont soulevé l'enthousiasme du public. Alioune Badara Coulibaly, président du Cercle des poètes et écrivains de Saint-Louis, la poétesse et conteuse, Dieynaba Guèye 'Diéo', Abdoukhadre Diallo, Fara Boubacar Sarr, Pape Sada Anne, Djibril Diallo, le poète à la guitare, entre autres, ont démontré leurs talents de magiciens du verbe.
Des poèmes lus en Pulaar par Birane Guèye (venu de Matam) et en Yoruba par Patrick Ajanaku, peintre établi à Saint-Louis, ont donné la preuve que la poésie est un langage universel. Et pour clôturer cette soirée de rêve, Mme Lilyane Kesteloot de l'Ifan-Cad a lu un poème de Léon-Gontran Damas, tiré de 'Pigments' et un autre d'Aimé Césaire, extrait de l'emblématique 'Cahier d'un retour au pays natal'.
Mais, avant cette riche soirée, ce deuxième Fipia a vécu cinq jours durant, entre autres moments forts, la cérémonie de lancement à l'Espace-jeunes où étaient présents le directeur général de la Mecap, Magatte Thiam, la directrice de la section culturelle de l'ambassade du Japon, Mme Naomi Takasu-Matsui, des représentants du Recteur Mary Teuw Niane de l'Ugb, avec les Mamadou Camara et Baye Gallaye Kane, le gouverneur et le préfet de Saint-Louis, etc. Les journées du mardi, mercredi et jeudi ont été consacrées à des ateliers d'écriture et d'échanges autour de la poésie avec les élèves et les étudiants de la capitale du Nord.

Gabriel Barbier

Le Matinal, 11 juillet 2006
A coeur ouvert avec Paul Dakeyo, poète camerounais

poètes devant le fleuve Sénégal Le Camerounais Paul Dakeyo aurait été soldat s’il n’était poète. En tout cas, il est de ceux qui croient au message de beauté de la Muse Calliope, et qui s’évertuent à en étendre la vérité par delà les frontières. Cheville ouvrière du Festival itinérant de poésie internationale en Afrique (Fipia) qui a eu lieu au Sénégal il y a quelques semaines, Paul Dakeyo, auteur d’une dizaine de recueils de poèmes, continue de se munir de l’arme du langage pour « libérer de l’obscur ». Parallèlement, au fil de ces vingt dernières années, il s’est imposé comme l’un des plus importants éditeurs de l’espace francophone. Sa maison - les Éditions Silex/Nouvelles du Sud/A3 - a publié des auteurs connus comme le prix Nobel de littérature Wole Soyinka, Jean Metellus, Ernest Pépin et le Mauricien Edouard Maunick. Le Matinal a eu le privilège de s’entretenir avec lui sur l’île de Ngor, à l’ouest du Sénégal.

- Comment qualifierez-vous la huitième édition du festival de poésie qui a eu lieu à Saint-Louis ?

Un gros travail a été abattu par le comité local du Fipia. Ce qui a conduit au désir de renouvellement d’une prochaine édition, et éventuellement d’une permanence. Cela dit, Saint-Louis pourra continuer sa permanence avec ou sans nous. Mais elle pourra toujours compter sur notre aide pour que la parole poétique soit apportée aux jeunes.

- Comment a germé l’idée de créer un festival de poésie ?

Le festival de poésie est parti de Medellin en Colombie en 1997. Une cinquantaine de poètes de divers continents y avaient participé et avaient tous soutenu cette initiative. Ils ont lu des poèmes dans différents lieux. Aussi, avons-nous décidé de créer un festival de poésie similaire en Afrique. L’association Prometeo, organisatrice du festival de Medellin, s’est engagée comme le partenaire latino-américain du Fipia. Nous sommes passés à Maurice en 2002 avec la collaboration de l’Alliance française et du ministère des Arts et de la Culture de votre pays. Si on avait eu un partenaire associatif, on aurait pu créer une permanence.

- La tenue d’un tel festival requiert une organisation rodée. Parlez-nous en.

On forme une équipe soudée qui travaille toujours en partenariat avec une association locale. Généralement, celle-ci prend contact avec les établissements où les poètes doivent passer, les lycées et les hôtels, entre autres. Pour cette huitième édition, nous avons aussi bénéficié du parrainage d’Air France et Air Sénégal.

- Est-ce que des activités similaires existent sur le continent noir ?

Non, pas à ma connaissance. Il y a une association qui s’appelle Maison africaine de la poésie, mais elle travaille uniquement sur le Sénégal. Elle n’a pas d’itinérance. L’originalité du Fipia, c’est qu’il va de pays en pays et qu’il organise avec des écoles et la population une véritable fête de la parole.

- Quelle sera la prochaine escale du Fipia ?

La prochaine édition aura lieu une nouvelle fois au Sénégal. Parce que ma famille et moi sommes à Dakar pour deux ans, et que ce n’est pas toujours évident de mettre quelque chose sur pied. L’itinérance peut prendre la forme de notre séjour au Sénégal ou dans un pays voisin.

- Les gens ont souvent la perception que le poète est semblable à celui qui prêche dans le désert. Que répondez-vous ?

Je pense que la poésie est une quête de l’Absolu et du primordial. Une espèce de quête personnelle allant du champ général au champ particulier. L’essentiel est de se mettre dans la tête que, grâce à un élan de soi et une certaine sensibilisation, l’on peut vivre ce qui se dit et en éprouver de la satisfaction. Cela dit, quand j’écris un poème en wolof, je n’ai pas besoin de traduction. Je suis dans un poème quand il est bien dit. Pourquoi en chercher alors une autre version qui affecterait le sens ?

- Diriez-vous, comme le suggère Edouard Glissant, que la poésie a une vocation politique ?

Non, la poésie n’a pas qu’une vocation politique. Cela peut être autre chose. Dire qu’elle a une vocation politique, c’est la réduire à un simple projet de la même nature. Elle est plus que ça. Par exemple, mes premiers textes étaient éminemment politiques alors que mon dernier recueil se veut un hymne à l’amour. Il n’a rien à voir avec la politique. Au fait, on peut avoir plusieurs registres d’expression poétique.


Propos recueillis par Sylvestre Le Bon


Le Matinal, 15 juin 2006
Saint Louis: Capitale mondiale de la poésie

poètes devant le fleuve Sénégal Tels des troubadours des temps modernes, ils ont sillonné la ville de Saint-Louis pour y semer la SENTIMENTS DE QUELQUES PARTICIPANTS bonne nouvelle des vers. Cette vieille ville française du nord-ouest du Sénégal a, au fait, été le cadre de la huitième édition du Festival itinérant de poésie internationale en Afrique (Fipia) du 11 au 17 mai dernier. Une quinzaine de poètes et d’artistes de différents pays ont été invités à ce festival, consacré à la mémoire de Léopold Sédar Senghor, poète et homme d’État sénégalais, dont on célèbre cette année le centième anniversaire de naissance. La participation du Mauricien Sylvestre Le Bon à cet évènement a été parrainée par le ministère des Arts et de la Culture.

Briser le silence sur la vie culturelle des pays du Sud, restaurer le dialogue sur un le continent africain en butte à mille et un maux, éduquer par le biais de la poésie afin d’en faire un facteur de cohésion sociale et d’intégration culturelle … Bref, faire de la poésie, comme le souhaitait Paul Eluard, une vérité pratique. La mission que s’est assignée l’association Fipia peut paraître insurmontable, mais elle rime sans doute avec le désir de rêve et d’Absolu caché en soi. Une mission, d’ailleurs, reconnue car elle est associée au projet de l’Unesco « La route de l’esclave » et est parrainée par l’écrivain nigérien Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986.

Les jongleurs de mots et autres artistes présents, entre autres, avaient pour noms Paul Dakeyo (Cameroun), Vinod Rughoonundun (Maurice), Bruno Grégoire, Anne Ségal, Serge Creppy, Thomas Dubois (France), Diana Lichy (Venezuela), Rodney Saint-Eloï (Haïti), Alioune Coulibaly, Abdoukhadre Diallo (Sénégal).

Les espaces ne leur ont pas manqué durant la tenue de ce festival pour valoriser l’expression orale, chère à la tradition africaine. Ils sont partis à l’assaut de différents lieux à Saint-Louis : les lycées Charles de Gaulle et Ahmad Fall, l’Université Gaston Berger, l’école militaire, la maison Espace Jeune, la place Faidherbe, l’Institut culturel et linguistique Jean Mermoz, les établissements hôteliers. Dans un hiératisme naturel, ils ont déclamé des vers de leur cru, imprimé à leurs gestuelles le souffle des muses. Dans des salles combles, ils ont répondu à des étudiants curieux et intelligents, suscité l’enthousiasme de ces derniers.

Ils ont ainsi, contre toute attente, déterminé la vocation des vers chez certains. La preuve ! Cette jeune fille de la quatrième du lycée Ahmed Fall prête l’oreille à la lecture d’un poème sur les femmes. Elle s’avise et, sur-lechamp, compose quelques vers sur les hommes et se présente devant la classe pour les lire. Une autre étudiante en première du lycée Charles de Gaulle ne semble pas tout à fait satisfaite des explications des deux poètes qui intervenaient. Pourtant, juste avant la fin, elle lève la main pour faire une annonce. Elle se prédestine à une carrière de poétesse.

Ces rencontres avec des étudiants ont alterné avec des exposés, des visites, des récitals. Tandis que le poète Bruno Grégoire entraînait son assistance sur le fleuve Niger pour un voyage de mémoire, Vinod Rughoonundun faisait saliver celle-ci par le goût du « massala » et le rythme créole qui agite les reins. Mais, toujours, comme pivot de ces échanges, proclamé sans équivoque ou murmuré seulement, à deviner ou à saisir dans une envolée qui s’achève en point d’orgue : Senghor. Le magicien du Verbe. L’architecte des tropes qui transforme un troupeau de vaches en un « ruisseau de lait ». Le revenant qui, comme dans une métaphore, a emprunté la voix de la comédienne Anne Ségal pour chanter la beauté de sa « femme noire, femme nue ». Beauté éternelle, car poétique. Sur la place Faidherbe, toute rumeur semblait alors tue.


Le Quotidien Mardi 23 mai 2006
MICRO-OUVERT…Rodney Saint Eloi, poète haïtien : «Les problèmes de l’Afrique, c’est la résultante de deux siècles d’esclavage»

Pendant que vous êtes au pays de vos ancêtres, René Preval, le nouveau président Haïtien, appelle au travail. Quels commentaires faites-vous de cet appel ?

Cela me fait énormément plaisir de voir pour une fois, qu’on parle de mon pays non en termes de bandits mais en appel au travail. Parce que quand on parle de nos pays souvent, c’est pour dire que ce sont des gens qui ne peuvent pas aller à la démocratie. Ce sont des gens qui sont des ignorants, des nègres. Ils sont impossibles à diriger ; ce sont tous des dictateurs, des voleurs. Quand on voit quelqu’un qui invite les gens au travail, il faut comprendre que c’est par le travail qu’on va parvenir à s’en sortir. Ce n’est pas par la coopération avec les pays occidentaux qui n’est pas pour nous aider. Au contraire, quand on boit du Nescafé par exemple, ça aide plutôt les occidentaux. Donc c’est intéressant d’être à Saint-Louis, ça permet une sorte de connexion entre Haïti et le Sénégal, une connexion qui toujours était présente. Certains écrivains haïtiens ont séjourné au Sénégal comme Jean Fernand Brière, Roger Dorsinville... Ils s’y sont toujours sentis comme chez eux.

Sous ce rapport, cette présence à Saint-Louis est-elle un pèlerinage ?

C’est la première fois que je viens en Afrique noire. Une occasion très rare de rencontrer des frères. C’est vraiment un serrement du cœur. C’est fondamental pour nous autres Africains d’être ensemble, de nous regarder les yeux dans les yeux, de poser ensemble nos problèmes. Ce qui est arrivé, c’est qu’on nous a divisés il y a deux siècles : on nous a éparpillés un peu partout dans le monde. Donc si l’Afrique et sa diaspora peuvent travailler ensemble, ce serait quelque chose de fondamental. C’est pourquoi ce festival est une initiative salutaire parce qu’il permet aux auteurs africains de se découvrir. Moi ça m’a permis de découvrir des auteurs d’ici. Avec les gens de Saint-Louis, il y a le regard des frères, des sœurs. Puisque la poésie est un appel à la solidarité et à la générosité. Ici, je me sens chez moi et chez mon ancêtre. Dans mon environnement, j’ai vu les mêmes plaintes des gens de la couleur de ma peau. Je vis dans un pays de blanc, le Canada et je suis toujours minoritaire. D’ailleurs on m’appelle «minorité visible». Ici à Saint-Louis, je suis chez moi, même si je ne comprends pas le Wolof. Je me sens comblé.

Que retiendrez-vous du contact avec les élèves ?

Ce qu’il y a, c’est qu’on est en train de travailler avec les élèves à travers des ateliers d’écritures libres. Nous voulons faire comprendre aux élèves qu’il faut être nègre mais il ne faut pas être ça simplement. Il faut être humain, il faut lire les nègres de Senghor, Césaire, Damas, Birago Diop… qui disent que nous sommes noirs, beaux et intelligents. Mais aussi il faut lire les blancs parce que Senghor avait un poète fétiche, c’était Claudel et puis ce fut autour des griots de son pays. Il faut aussi qu’ils écrivent aussi dans leurs langues nationales. Il ne faut pas qu’ils écrivent seulement en français. Il faut que les gens écrivent dans toutes les langues, mêmes celles qui n’existent pas. S’ils ont envie d’inventer une langue, il faut qu’ils soient vraiment libres. Donc, on est en train de délivrer un message de renforcement de la question nègre même si elle n’est pas exclusive. Il faut poser la question sur l’altérité, Nous et les Autres comme Senghor disait : «Il faut pardonner aux Français qui nous ont tout volé, tout pillé, il faut leur pardonner.» Mais il faut qu’on se dise qu’on est digne et c’est cette dignité nègre sur laquelle je pense qu’on a le plus travaillé ici.

Vous aussi vous revendiquez donc votre «négritude» ?

Ah oui ! (il insiste) je revendique le fait d’être nègre. Parce que, souvent, on nous dit que nous sommes laids. Mais quand je vois la finesse de nos relations, ils nous ont divisés et nous ont appris à nous entre-tuer. Les occidentaux ont fait deux siècles de saccage, de pillage de l’Afrique. Ils nous ont mis dans la misère et face à celle-ci nous sommes devenus ce que nous sommes. Il faut voir que les problèmes de l’Afrique, c’est la résultante de deux siècles d’esclavage, de pillage orchestrés par les occidentaux à savoir les Français, les Belges, les Allemands, les Anglais, etc qui sont tous des voleurs . C’est ce qu’il faut dire. Ensuite, il ne faut pas en rester là, il faut qu’on se batte pour notre dignité car il y’a la fierté nègre : c’est cette manière d’être debout et de vivre avec notre propre histoire.

Il y a tout de même un bémol dans la déclamation des poèmes, l’absence des langues nationales. A quoi cela est-il dû ?

Cela s’explique par l’aliénation de certains poètes que j’ai rencontrés parce que je leur ai dit que c’est important d’écrire dans les langues nationales. Ce ne sont pas des perroquets. Si Senghor est un poète, c’est parce qu’il respecte sa langue. Le plus grand poème de Senghor c’est Joal, son village qui est devenu universel. Parce que si vous ne mettez pas en avant votre langue, personne ne le fera. Votre langue, c’est ce que vous êtes, il faut écrire en français, en anglais si vous le pouvez, mais il ne faut pas abandonner sa langue. Dans la langue qu’on écrit, il faut savoir que celle-ci ne tire pas sa source en France, mais dans notre enfance et à travers les chansons des griots. Il y a notre imaginaire et la langue est un outil. Quand on écrit on recrée notre royaume d’enfance et celle-ci n’est pas faite en France.

- Soro DIOP -
Le Quotidien Mardi 23 mai 2006
Festival itinérant de poésie internationale en Afrique : Saint-Louis pour l’exaltation des cœurs et de l’esprit

Saint-Louis, ville symbolique, témoin privilégié des premiers contacts entre l’Europe et l’Afrique, a été rattrapée par son passé. Une histoire jadis si friande d’aventures pittoresques et idylliques, symbole de son passé métissé que chantaient hier les griots et aujourd’hui les poètes. Du 11 au 17 mai, la vieille ville a été la capitale mondiale de la poésie mondiale. Un programme éclectique a été proposé aux amoureux de la belle parole. Cette 8e édition s’inscrivit aussi dans le cadre d’un hommage au défunt Président Léopold Sédar Senghor.

«La poésie ne doit pas périr, elle ne périra pas.» Ainsi s’exclamait Léopold Sédar Senghor, le parrain de la 8e édition du Festival itinérant de poésie internationale en Afrique (Fipia). Pour donner corps à cette préoccupation du premier Président du Sénégal, le Fipia en partenariat avec le Cercle des écrivains et poètes de Saint-Louis a renoué la vieille cité avec sa tradition de carrefour culturel en interpellant au premier chef le dynamisme de ses principaux acteurs culturels notamment les artistes, les écrivains, les poètes et surtout la jeunesse à travers le milieu scolaire et universitaire mais avec des poètes venus de Haïti, de l’Ile Maurice, du Venezuela, de la France et du Cameroun.

Par delà les pittoresques monuments architecturaux, témoins d’un passé tumultueux, qui lui ont valu d’être inscrite par l’Unesco au patrimoine de l’humanité, Saint-Louis, trait d’union des cultures arabo-islamique, chrétienne et négro africaine, a connu toutes les formes d’activités culturelles. Dès lors, souligne Alpha Amadou Sy, philosophe et écrivain, «s’il est aisé de s’inscrire dans une tradition séculaire en rééditant le culturellement déjà vécu, il s’avère par contre difficile de faire montre d’innovation en renouant avec l’originalité». Pourtant c’est ce défi que lance le Festival itinérant de Poésie internationale africaine, qui a fait confiance à Saint-Louis pour «cette rencontre des cœurs et des esprits».

En effet, la naissance du Fipia en 1997, lors de la 7e édition du Festival de Medellin, était solidaire d’une conviction ainsi formulée : «En ces temps de conflits, la poésie permet à l ‘homme de se retrouver, elle apaise les cœurs, apporte la joie, favorise la paix et permet d’aller à la rencontre de l’Autre. La poésie éduque et permet de connaître sa propre culture et celle des autres en un mot la poésie est la parole qui humanise le monde.» Mais aussi d’un amer constat : «Il n’existe aujourd’hui en Afrique aucun espace qui permet aux poètes de se produire devant un large public.»

Le défi était d’une part de contribuer à briser le silence sur la vie culturelle des pays du Sud et de réunir pour la première fois à Saint-Louis des poètes de tous les continents, au grand bénéfice des élèves et étudiants et des inconditionnels de ces «paroles qui plaisent aux cœurs et aux oreilles». Léopold Sedar Senghor dixit.

Toutefois la poésie ne se limite pas à retransmettre «des paroles qui plaisent aux oreilles et à l’esprit». Elle est aussi le lieu d’expression privilégiée des angoisses mais aussi des espérances. Et sous ce rapport, la poésie nourrit l’ambition d’apprendre à rêver en prenant conscience que c’est du chaos que naissent les étoiles. Il s’agit pour la magie du verbe de revaloriser l’utopie afin de relever le défi le plus urgent du présent.

Par Samba DIOP - Correspondant -

Sud Quotidien Mercredi 10 mai 2006
Saint Louis prend la «parole poétique»

La 9è édition du Festival Itinérant de Poésie Internationale en Afrique (Fipia) se tient à Saint Louis du Sénégal du 11 au 17 mai 2006 et s’inscrit dans le cadre de la célébration du Centenaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor. Elle est organisée en partenariat avec Le cercle des poètes de Saint-Louis en partenariat avec les responsables de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Cette édition intervient, dans l’ordre chronologique, après celle de la Côte d’Ivoire (1998), du Bénin (1999), des Comores (2000), de Madagascar (2001), de l’île Maurice (2002), du Mali (2004) et du Burkina Faso (2005).

D’après les organisateurs, le festival accueillera une vingtaine de poètes de tous les continents qui offriront la parole poétique à un public large. Ils investiront tous les lieux de la ville : théâtres, places publiques et centres culturels et surtout les écoles. Pour favoriser une participation massive et pour que cette fête de la Poésie soit une réelle fête populaire, les initiateurs de l’événement promettent la gratuité des lectures. Et avec le souci à la fois de rendre le livre plus accessible et de garantir une bonne circulation, un concours pour les élèves sera organisé et des prix sous forme de livres seront remis.

La création d’un Festival Itinérant de Poésie Internationale en Afrique a été décidée en 1997, rappelle-t-on, lors de la septième édition du Festival International de Poésie de Medellin (Colombie) où les poètes présents ont tous soutenus cette initiative et où l’association Prometeo, organisatrice du festival de Medellin, s’est engagée comme le partenaire latino-américain au côté du Fipia. Le Festival Itinérant de Poésie Internationale en Afrique est reconnu comme un projet associé au projet de l’Unesco La route de l’esclave. Il est parrainé par Wolé Soyinka, prix Nobel de littérature 1986.

Félix NZALE



APS 21/04/2006 20:14 GMT
La 8-ème édition du FIPIA lancée à Saint-Louis

Saint-Louis, 21 avr (APS) - Des poètes et hommes de culture ont lancé la 8-ème édition du Festival itinérant de poésie international en Afrique (FIPIA) prévue du 11 au 17 mai prochain à Saint-Louis, en proposant au public un récital de poèmes.
Parmi eux, l'organisateur du FIPIA et non moins poète, Paul Dakoyo, qui a donné une idée de l'immensité de son talent en déclamant devant une assistance médusée ''Soweto'' de son oeuvre ''Les Soleils fusillés''.
Sur ce registre, le public a apprécié la poème dédié au parrain du FIPIA, Léopold Sédar Senghor, lors de son anniversaire en 1986 par Alioune Badara Coulibaly ainsi que la belle envolée de Louis Camara qui a lu un poème de Birago Diop qui partage le centenaire avec Senghor.
L'initiateur du FIPIA a fait la genèse de cette ''aventure'' qui a commencé à Medelin (Colombie) où la décision a été prise de regrouper des poètes du continent noir pour vulgariser cet art et le faire aimer par les jeunes.
Depuis, le FIPIA se tient régulièrement dans un pays africain, selon M. Dakoyo.
Il explique le choix de Saint-Louis, une ville qu'il connaissait déjà, par son ‘'souci de décentraliser l'activité culturelle qui tient ses grands rendez-vous dans les capitales habituellement''.
Saint-Louis aura la chance d'accueillir des poètes de renommée internationale comme le Vénézuelien Diana Lichy , le Français Ricardo Montserrat et tant d'autres qui se rendront dans les établissements scolaires pour échanger avec les élèves et cultiver chez eux le goût de la poésie.
Au programme du FIPIA dont le Prix Nobel de littérature Wole Soyinka est l'un des grands soutiens, outre les rencontres avec les élèves, des séances publiques de déclamation sont prévues au bord de la plage ainsi que des conférences.
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